Je suis désolée de reprendre si tard ! Malgré tout, s'il y a
bien une chose que je déteste, c'est l'inachevé... Donc je reprends
le récit où je l'avais laissé, même si ça fait trèèèès
longtemps...
Allez, là rien qu'en ayant lu le titre, vous devez déjà vous doutez
quel est a été le programme du mercredi !
Versailles était l'endroit qu'Okaa-san voulait voir le plus, je
l'avais donc casé dans mon petit planning improvisé, honnêtement ça
m'intéressait beaucoup car je ne l'avais jamais visité (tout comme
je ne suis jamais montée sur la Tour Eiffel... noooon, ne me
lapidez pas !)
Voulant éviter les bains de foule autant que possible, nous
sommes partis aux alentours de 10h30, sommes arrivés peu après 11h
et comme nous avons pu acheter nos billets d'entrée sur des
machines par carte bleue, nous n'avons pas eu à faire trop la queue
comme le troupeau de malheureux touristes (c'est bon à savoir, non
?)
La visite du château Bling Bling a donc pu commencer (eh ouais,
nous aussi on a des onomatopées, non de non !)
Les filles ont eu l'air vraiment emballées par ce qu'elles
voyaient, c'est sûr que c'est dépaysant, et puis quand on pense au
travail immense que cela a dû être, tant sur le plan architectural
que sur la déco, c'est vrai que c'est très impressionnant.
Personnellement, j'adhère pas du tout à autant de luxe étalé et
j'ai toujours eu en horreur cette fameuse peinture dorée
caractéristique de l'époque baroque mais ça ne m'a pas empêché de
profiter de la visite.
Elles n'avaient pas l'air déçues et c'était le principal.
Ai était emerveillée quand nous sommes passées dans la galerie
abritant les peintures des victoires de Napoléon, son héros, et a
décrété que son prochain hamster s'appelerait Louis, ou bien
Marie-chan si c'était une fille... 
Evidemment, une fois encore la majorité des touristes était
constitué de nippons.
Nos deux visiteuses se
sont fait voler ont acheté des souvenirs et nous sommes
repartis sur la capitale en se mettant d'accord pour qu'elles
viennent dîner à la maison.
Je les ai donc retrouvées aux alentours de 19h à la gare et, sur la
demande pressante d'Ai, les ai tout d'abord conduites à ma fac
qu'elle tenait absolument à visiter.
Ca pourrait sembler curieux mais je comprenais bien son sentiment
car moi aussi, quand je vivais au Japon, j'aimais visiter des
choses un peu insolites, qui avaient davantage trait au quotidien
des Japonais que les " spots " touristiques en eux-mêmes.
Je leur ai fait grâce de la visite de l'entrepôt désaffecté qui
abrite nos salles de cours pour les emmener dans le beau bâtiment
de l'administration qui - déjà en février - arborait tout un tas de
tracts et d'affiches en faveur de la grève, qu'elle s'est amusée à
prendre en photo. Si j'avais deviné que la visite du fameux 4e
étage des Grands Moulins susciterait autant de bonheur chez elle,
c'est là que je l'aurais emmenée en premier lieu.
La moindre remarque prenait des allures de propos divins :
" C'est là que j'ai mon cour de littérature.
- Ooooh !
- Voilà la salle où j'ai passé l'entretien pour venir à
Shirayuri.
- Waaah !!
- Tiens, là ce sont nos résultats qui sont affichés.
- Géniaaal !
- Et puis là que je m'installe pour manger quand il fait trop froid
dehors.
- Trop bien !!
- Au fond, la bibliothèque du département d'études asiatiques, mais
il y en a une encore plus grande un peu plus loin.
- Merveilleux !!! "
Je lui aurais montré un simple distributeur de café qu'elle aurait
sans doute manifesté un enthousiasme extatique, elle, une
ressortissante du pays des distributeurs situés à dix pas les uns
des autres.
Sur ces entrefaites nous avons gagné l'appartement que j'occupe
avec M. Patate pour un dîner dans la joie et la bonne humeur autour
de sujet douteux comme les méduses géantes d'Echizen (charmant, hein ?) Je ne
sais plus comment on en est arrivés là... toujours est-il que ces
méduses posaient problème de par leur nombre trop important, quelle
solution nos amis nippons ont-ils trouvé pour pallier ça ? Ils les
mangent. En beaucoup de déclinaisons.
Ainsi, lors de votre prochain séjour au Japon, ne manquez pas de
goûter au fameux Ice Cream à la méduse ! (si quelqu'un ose, qu'il
me fasse part de ses impressions
)
J'avais préparé les fameuses ratatouille et mousse au chocolat
qu'Ai aime tant et comme elles étaient fatiguées, elles sont
reparties assez tôt pour leur hôtel. Comme c'était la dernière fois
qu'elles voyaient M. Patate, Ai lui a dit en lui faisant ses adieux
qu'il ne fallait pas hésiter s'il souhaitait des magazines coquins
nippons, elle lui en enverrait, tout comme elle en rapportait à
Yôsuke. ^^'
Le lendemain était notre dernier jour ensemble, et comme elles
avaient pu voir et faire tout ce qu'elles voulaient, il n'y avait
pas de plan précis.
" Bon, Ai, que veux-tu voir à Paris ?
- Toi !
- Oui, mais encore ?
- ...
- Les galeries Lafayette ? Le musée d'Orsay ? L'opéra ? (des
classiques qui cartonnent auprès des nippons) Les catacombes ?
(dans le genre insolite...)
- Non, non... "
Finalement, me souvenant des conseils de ma mère, nous sommes
allées flâner dans la galerie Vivienne, près de l'Opéra, entrant dans
les boutiques qui étaient ouvertes, zieutant à travers la vitre des
fermées. La pauvre Okaa-san s'est même fait draguer lourdement pas
une espèce de french lover à deux balles.
A midi, Ai a tenu à manger dans un restau nippon du quartier dans
lequel elle avait déjà mangé quand elle était venue avec son lycée
alors j'ai été dispensée de mon rôle de traductrice de menu.
Profitant d'une absence d'Okaa-san, elle m'a confié que celle-ci
lui reprochait de fréquenter trop de garçons et qu'elle en
souffrait mais qu'elle n'aimait pas beaucoup la compagnie des
filles parce qu'elles s'intéressent trop aux ragots.
Hélas au Japon, de nos jours encore, l'amitié homme-femme est loin
d'être une chose très courante et des rumeurs circulent très vite
sur le compte des filles qui s'entourent de beaucoup d'amis
masculins. Je suis la mieux placée pour la comprendre et plains
vraiment ma mini-nippone.
J'ai aussi été à moitié choquée d'apprendre qu'Onee-chan avait eu
recours à l'omiai, une rencontre arrangée entre deux personnes en
vue d'un mariage. Comme si elle allait se " périmer " passés trente
ans. J'espère simplement que ça relève davantage de son choix à
elle que de la pression sociale.
Comme elles avaient laissé leurs valises chez moi, nous sommes
retournées dans mon quartier et buvions un café en terrasse quand
Ai, qui fixait depuis un moment l'espèce de squat à proximité de la
fac m'a demandé ce qu'était ce bâtiment.
Je lui ai expliqué à l'aide du dictionnaire puis elle a conclu en
me demandant si c'était un problème de société. Beeen...
Elle m'a dit qu'il n'y en avait pas au Japon, ce qui m'a tout de
même étonnée. Peut-être que c'est simplement les autorités qui
agissent avant que les squatteurs s'éternisent.
Vers 13h30, nous avons pris le RER B pour l'aéroport Charuru do
gôru (ces katakana me tueront), le coeur déjà un peu
serré.
Aperçevant des caravanes à travers la vitre, Ai m'a demandé :
" Qu'est-ce c'est ? Une décharge ?
- Non, ai-je répondu un peu gênée, ce sont des Roms.
- Des Roms ? Comme Carmen ?
- Euh... pas tout à fait. Je suppose qu'il n'y en a pas au Japon
?
- Non. Ca aussi c'est un problème de société ?
- Beeen... ² "
L'arrivée à l'aéroport et donc le moment des adieux sont arrivés
bien trop vite à mon goût et manifestement aussi à celui d'Ai qui
s'est mis à pleurer et m'a contaminée. Nous avons échangé nos
paquets de mouchoirs en guise de derniers souvenirs. Des mouchoirs
de pub pour la JR et des Monoprix. Heureusement, elles ont pu
embarquer très vite, rendant ainsi la séparation moins pénible. Ce
n'est qu'un au revoir, jusqu'à la prochaine fois...
Ces quatre jours ont filé très vite. J'ai été gênée de les voir
affaire à des commerçants dont le sens du service approche le zéro
et qui daignent vous servir comme s'ils vous faisaient une fleur,
j'ai eu honte de tous les tags qu'elles ont vu, de les faire monter
dans un train qui empeste et qui est à peine nettoyé. Ai savait ce
qu'il l'attendait et a, a priori, été très contente de son voyage.
En revanche, je crois qu'Okaa-san a été très chamboulée par le choc
culturel, bien qu'elle ne l'ait pas dit. Il faut dire que le
contraste entre la réalité et la France fantasmée par les Japonais
est brutal.
Je pense qu'elle n'a pas passé un mauvais séjour pour autant,
malgré tout, elle avait l'air assez contente de rentrer chez
elle.
En tout cas, tout cela n'empêchera pas de Ai de revenir ! Et qui
sait ? Peut-être la prochaine fois voyagerons-nous toutes les deux
en Bretagne !
CCC
sam 23 mai 2009 12:23