Waaah c'est que ça me fait tout drôle de reprendre le flambeau
après tout ces mois d'absence (je commence déjà à m'égarer
ahem...)
Il s'agit en fait de visiteuses (mais ça aurait cassé la rime et la
référence à un de mes films fétiches...). A votre avis, qui est
venu me rendre une petite visite à Paris ces derniers jours ?
Je vous le donne en mille : cette chère Ai et sa mère !
Ce séjour s'annonçait intense : en effet ces dames n'étaient là que
pour quatre jours, du 21 au 25 et voulaient bien naturellement voir
et faire plein de choses.
J'ai cru comprendre que si elles restaient si peu de temps, c'est
parce que Okaa-san n'avait pas pu prendre plus de jours de vacances
mais heureusement, comme Ai a pu avoir des offres intéressantes par
son futur emploi chez ANA, ça ne leur a pas coûté les yeux de la
tête.
Je voulais bien entendu aller les chercher dès leur arrivée à
l'aéroport le soir du 25 mais Ai a reffréné mes ardeurs en
m'avouant qu'un bus Air France allait les conduire jusqu'à leur
hôtel qui, par un très heureux hasard, ne se trouvait qu'à une
station de métro de chez moi !
Elle m'a donc demandé si on ne pouvait pas plutôt se retrouver dès
le lendemain matin à son hôtel et c'est donc le 26 que j'ai
accouru jusqu'à leur hôtel situé Cour Saint Emilion.
Enfin " accouru " c'est un bien grand mot : dans ma poisse
habituelle qui ne se manifeste qu'en ce genre d'occasion, je me
suis fait alpaguée par un suicidaire qui voulait que je le
console pour l'empêcher de faire une bêtise et quand mon humanité a
enfin atteint ses limites, c'est mon sens de l'orientation qui a
pris le relai et j'ai tourné en rond dans le quartier dix bonnes
minutes avant d'arriver à trouver l'hôtel qui n'était qu'à
cinquante mètres de la gare à tout casser... (boulet un jour,
boulet toujouuurs !)
Je ne pouvais pas m'empêcher d'être un peu anxieuse à l'idée des
retrouvailles : Ai avait-elle changé ? Son look s'était-il
rapproché de la tenue correcte exigée au travail ? Est-ce qu'on
arriverait encore à parler de tout et de rien aussi naturellement
qu'avant ? Et puis d'abord, est-ce que je pourrais encore aligner
correctement trois mots de nippon ?
Je n'ai pas eu le temps de tergiverser plus longtemps car j'ai fini
par trouver l'hôtel avec vingt bonnes minutes de retard et mes
interrogations futiles se sont tout de suite envolées quand j'ai vu
une petite excentrique pleine de froufrous courir dans mes bras les
larmes aux yeux.
Ca pour ne pas avoir changé, elle n'avait pas changé d'un pouce.
Toujours aussi petite, aussi énergique, aussi souriante et toujours
habillée avec des vêtements impossibles qui ne vont qu'à elle,
toujours aussi Ai.
Okaa-san non plus n'avait pas l'air d'avoir changé. Toujours aussi
discrète mais incroyablement gentille. J'imagine qu'elle devait
tout de même être toute chamboulée car c'est la première fois
qu'elle venait à l'étranger !
Passée l'émotion des retrouvailles, Ai m'a regardé dans les yeux
avec son air malicieux : " on t'a ramené tout plein de trucs, mais
il y a quelque chose que je veux absolument te donner maintenant,
tiens ! " m'a-t-elle dit en me tendant un petit sac Its'demo. Non,
ne serait-ce pas... ?
Siiii, il s'agissait bien du digne successeur du Mugen
PuchiPuchi et du
Mugen Edamame, le Mugen
PeriPeri ! J'en rêvais presque depuis que je l'avais vu sur le
blog d'Alex.
Après avoir fait joujou avec mon nouveau gadget débile et en avoir
fait profité Ai et sa mère, nous nous sommes mises en route pour
Notre-Dame.
Avant de venir, elles m'avaient dressé une petite liste des choses
qu'elles voulaient faire et m'avaient laissé gérer le planning. Je
me suis donc improvisé guide touristique en privilégiant plutôt les
désirs d'Okaa-san étant donné qu'Ai était déjà venue en France deux
fois par le passé et que ce qui l'intéressait le plus, c'était me
voir (selon ses propres mots).
Je m'étais dit que Notre-Dame un dimanche matin, ça pourrait être
sympa, et qu'il n'y aurait peut-être pas encore trop de monde à
cette heure-ci. Eh bien j'ai eu du nez (que j'ai très grand
d'ailleurs : p) car une messe était en cours et nos Nippones
étaient tout émerveillées par la lecture de passages de la Bible,
les chants religieux et le son des grandes orgues.
J'avoue que moi aussi car en vile hérétique que je suis je ne mets
les pieds dans une église que pour la beauté du lieu et non pas
parce que c'est " la maison du Christ " et la seule messe à
laquelle j'ai dû assister de toute ma vie c'était à Shirayuri il y
un an. XD
Prenant mon rôle de guide très au sérieux, j'ai tenté
approximativement de leur faire un petit topo sur le sujet : époque
de la construction, sens des cierges, ce qu'est cette petite cabine
appelée confessionnal, sans oublier de parler du célèbre roman de
Victor Hugo.
Ai était globalement bien renseignée sur la question (université
catholique oblige !) mais Okaa-san écoutait mes explications
laborieuses avec grand intérêt.
Mine de rien, regarder la messe et faire le tour de la cathédrale
nous a pris beaucoup moins de temps que je ne l'avais prévu, aussi
je me retrouvée un peu prise au dépourvu en sortant de Notre-Dame.
J'avais pensé les emmener du côté des Champs-Elysées dans
l'après-midi mais on en était encore loin...
" Dites, vous n'auriez pas un guide touristique sur vous ? Que je
voie s'il y a quelque chose de sympa à faire dans les parages,
ai-je demandé.
- Ah non, on est venues sans. No plan, c'est plus rigolo !
m'a répondu Ai.
- Il a fallu que je tombe sur les seules Nippones à voyager sans
guide, aargh... Bon eh bien faisons donc un petit tour du quartier
latin. "
Elles se sont arrêtées pour faire quelques achats dans une des
boutiques de souvenirs qui longent la Seine, le vendeur a tout de
suite compris d'où elles venaient à force d'entendre des " kawaii "
à tout bout de champ. Je crois que ce mot va finir par faire partie
des quelques expressions connues des français au même titre que
Konnichiwa et Arigatô.
Je leur ai ensuite expliqué que le quartier latin était un peu
le Shibuya parisien (pas sur la forme en tout cas) parce que
c'était le quartier des d'jeunes, ou plutôt que c'était proche du
quartier de Waseda parce qu'il y a plein d'étudiants.
Comme nos pérégrinations nous ont conduit à côté de la station RER
C de Saint Michel, je me suis dit qu'aller à la tour Eiffel
maintenant serait peut-être une bonne idée, qui sait le temps qu'on
aurait dans les jours à venir ! De plus je pensais naïvement qu'il
y aurait peut-être moins de monde le matin, monumentale erreur
!
Quand nous sommes sortis arrivées au pied de la dame de fer, j'ai
pris mon courage à deux mains pour lancer un : " allons-y ! " qui
se voulait optimiste mais Ai m'a arrêtée : " ah non, c'est bon, on
voulait juste la voir, pas vrai, Maman ?
- Oui oui, ce n'est pas la peine de monter, la voir ça
suffit.
Nooon, et ma préparation mentale de ces dernières semaines alors ?!
Je m'étais préparée à affronter les balancements de la tour au gré
du vent, le vertige, le vide à portée de main !!
Je crois que finalement jamais je ne monterai sur cette
tour...
- Mais vous êtes sûres ? Ce n'est pas comme si vous veniez à Paris
tous les quatre matins, et en plus la vue doit vraiment être
superbe, même s'il ne fait pas très beau..."
Oui, elles étaient vraiment sûres. Après nous être baladées dans
les environs, nous sommes tombées sur une petite crêperie aux prix
raisonnables pour le quartier et une fois le ventre rempli, nous
avons pris le métro 1 jusqu'à Concorde.
De là nous avons marché tout le long de l'avenue des
Champs-Elysées.
Le chemin étant long, nous avons eu largement le temps de discuter
pendant que nous nous baladions. A un moment, Ai a braqué son
camescope sur moi et m'a demandé :
" Dis Camille, tu peux chanter la Marseillaise ?
- Hein ? Là, en pleine rue devant tout le monde ? Non, j'ai trop
honte !
- Allez !!! Juste un peu, c'est comme au karaoke !
- De toute façon je ne connais que le premier couplet, et puis je
déteste cette chanson.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est un véritable chant de guerre, c'est agressif au
possible et limite raciste. Franchement ça ne nous rend pas
sympathiques. Enfin vous aussi vous avez des problèmes avec le Kimi
ga yo, non ? Parce que ça renvoie à la militarisation
expansionniste d'avant-guerre.
- Hum, c'est pas faux...
Nous nous sommes arrêtées au Virgin car Okaa-san voulait acheter
des livres pour enfants qu'elle souhaite montrer à ses élèves de
maternelle. Pendant qu'elles feuilletaient de petits livres
d'images, je leur montrai ce que je lisais moi-même quand j'étais
petite : Babar, Martine, Mimi la souris, Caroline... je ne pensais
pas que ces livres-là étaient toujours d'actualité. Après un
moment, Ai m'a pris à part car elle souhaitait acheter un livre de
droit pour Senpai, même si elle savait très bien qu'il ne
comprendrait pas (à la réflexion, moi non plus d'ailleurs...) et
notre choix a fini par se porter sur des annales d'examen de droit
constitutionnel...
Okaa-san a quand même tenu à poser pour une photo devant la
boutique Louis Vuitton mais heureusement elles n'ont pas voulu
rentrer dedans et nous avons poursuivi notre route jusque sous
l'Arc de Triomphe (qui porte son propre nom en japonais, sachez-le
! Alors que le Louvre, les Champs-Elysées et encore d'autres
endroits conservent leur nom prononcé à la japonaise, l'Arc de
Triomphe se dit, lui, Gaisenmon)
Là encore j'ai tenté de partager mes maigres connaissances : "
alors là euh vous voyez, les noms inscrits partout, ce sont des
noms de soldats morts pour la France, mais pas seulement pendant la
Seconde Guerre Mondiale, et cette tombe là, c'est la dépouille, (et
non pas les débris, n'est-ce pas Lorraine XD), d'un soldat inconnu
qui fait figure de symbole. La flamme ne s'éteint jamais ! Et si on
contemple la place du haut de l'Arc de Triomphe, on peut voir que
les avenues forment une sorte d'étoile, d'où le nom ". Ai
connaissait ce dernier détail.
J'avais déjà eu l'occasion de le remarquer dans la matinée mais les
Japonais étaient énormément nombreux, la plupart devait sans doute
profiter de leur voyage de fin d'études avant d'entrer dans le
monde du travail début avril.
Je n'en avais jamais vu autant en me baladant dans Paris. Quand
j'ai fait part de ma remarque à Ai, elle m'a avoué : " raaah, je
n'aime pas ça. J'aimerais qu'on soit les seules Japonaises à Paris
! C'est impossible et puéril mais bon..." Sur ce je lui ai avoué
avoir ressenti parfois la même chose quand j'étais au Japon et que
si ça pouvait la consoler, tout ces Nippons n'auraient sans doute
pas l'occasion de venir chez une famille française.
Comme la journée était loin d'être finie et qu'elles ne
paraissaient étonnamment pas fatiguées, nous nous sommes dit que
nous allions poursuivre sur le Louvre.
Honnêtement je crois n'y avoir jamais passé si peu de temps ! Une
fois qu'Okaa-san a vu la Joconde et la Vénus de Milo, plus rien ne
l'intéressait en particulier.
En voyant Okaa-san batailler avec les autres touristes pour se
rapprocher de la Joconde, j'ai constaté qu'Ai ne bougeait
pas.
" Tu ne veux pas la voir, toi ?
- Non, en fait je m'en fiche un peu, je préfère aller voir le sacre
de Napoléon.
- Hein ? Ne pas aller voir la Joconde, tu es sûre que tu es
vraiment Japonaise ?
- Arrête de te moquer ! Mais et toi, tu n'y vas pas ?
- Non, je déteste ce tableau, quand je vois son petit air narquois
ça me donne envie de lui coller des baffes... "
Je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit mais Ai adore Napoléon et
Jeanne d'Arc. La raison reste un mystère mais toujours est-il
qu'elle est beaucoup plus calée que moi sur l'histoire de ces
personnages et son dernier hamster en date a été baptisé
Napo-chan.
Après avoir donc vu le Sacre de Napoléon, nous sommes rentrées en
direction de l'hôtel, c'est que mine de rien nous avions pas mal
marché, et à ma grande honte j'étais aussi fatiguée qu'elles.
Quand je pense qu'Ai a marché toute la journée avec ses bottes à
talons, je finis par me demander si les pieds des Japonaises ne
sont pas naturellement conçus pour s'adapter parfaitement aux
talons aiguilles en toutes situations...
Une fois arrivée jusqu'à leur hôtel du Cour Saint Emilion, Ai m'a
demandé de l'attendre dans le hall pendant qu'elle allait me
chercher tout ce qu'elles m'avaient rapporté.
Je n'en ai pas cru mes yeux quand j'ai vu le sac énorme qu'elle
descendait avec elle.
Pour dire à quel point il était fourni, elle n'a pas pu me faire
l'inventaire complet avant que je ne rentre, mais la plus grande
partie était constituée de nourriture : curry, nouilles
instantanées, Petit Bit (voilà pourquoi elle avait presque crié en
français en plein milieu d'un café " j'ai apporté plein de bit pour
toi ! " ^^'), Pocky, yakisoba, dango et j'en passe.
" Voilà, en rentrant chez toi, tu vas avoir l'air d'une vraie
japonaise ! " m'a-t-elle dit toute fière.
Et effectivement, j'avais comme l'impression de revenir du Marusho
avec mes sacs plastiques en rentrant chez moi.
Comme Ai pétait encore la forme et qu'elle ne voulait pas être
séparée de moi trop longtemps (et réciproquement d'ailleurs), on a
convenu qu'on irait au ciné Cour Saint Emilion avec ma superbe
carte illimitée pour 2 ! Okaa-san a préféré décliné car
contrairement à sa fille, sa résistance à la fatigue avait des
limites.
On s'est donc retrouvées devant la gare à 8h et comme elle n'avait
aucune idée de ce qu'elle voulait voir (ce sont surtout les
blockbusters ricains qui s'exportent au Japon, et avec pas de mal
de retard), nous avons finalement opté pour LoL : c'était français,
sans doute pas trop dur à comprendre et peut-être intéressant d'un
point de vue sociologique. ^^'
En ressortant de la salle j'ai eu l'impression d'avoir pris un coup
de vieux (et je me suis une fois de plus félicitée intérieurement
d'avoir quitté le lycée plus tôt que prévu - sont cons ces ados XD)
mais apparemment ça a plu à Ai et c'est le principal.
Sur le court chemin du retour, profitant de l'absence d'Okaa-san,
on en a profité pour parler de nos " trucs de filles ", restant
même un moment sur un banc devant l'hôtel pour
discuter.
Elle m'a confié qu'elle avait l'impression que l'ambiance quand
elle est avec Yôsuke avait changé récemment. Je me suis retenue de
hurler AH JE LE SAVAIS, J'EN ETAIS SURE, TU EN AS MIS DU TEMPS
POUR OUVRIR LES YEUX !!! et me suis contentée d'un innocent " ah
bon ? " en prenant l'air étonné (moi, hypocrite ?), l'enjoignant à
approfondir les explications.
En tout cas cette conversation a achevé de dissiper mes derniers
doutes : rien n'avait effectivement changé entre nous, on se
confiait toujours l'une à l'autre avec autant de sincérité et
j'avais l'impression qu'on ne s'était quittées que la veille.
Je l'ai laissé à son hôtel et ai rejoint mon petit chez moi car une
journée bien remplie nous attendait encore le lendemain.

G-rom
jeu 26 mar 2009 09:46