Accueil Date de création : 05/08/07 Dernière mise à jour : 08/10/08 19:40 / 172 articles publiés
 

Le poids de la religion  posté le mercredi 06 août 2008 17:47

Ômiya, c'est la ville où habite Alex.
Et comme dans toutes les autres villes du Japon, l'été, il y a un festival à Ômiya et sûrement pas des moindres étant donné que le nom de la ville signifie " grand temple ".
Durant ces festivals qui ont lieu tout l'été aux quatre coins du Japon, on peut assister à diverses manifestations de la culture nippone et la plus représentative de ces manifestations est sûrement la balade de mikoshi à travers la ville.
Un mikoshi est un petit autel portatif abritant une divinité locale qui repose sur de longs rondins de bois permettant aux hommes de le porter sur leurs épaules.
Eh bien grâce à Alex et à ses connaissances nous avons eu l'honneur avec Lorraine de porter le mikoshi, nous aussi ! {#}
Le festival durait trois jours : jeudi, vendredi et samedi mais nous ne sommes venues que le dernier jour, ratant hélas la venue du messager de l'empereur au temple Hikawa qui avait eu lieu la veille (ils avaient même traversé le centre commercial avec le mikoshi ! {#})
Mais tant pis car selon Alex qui avait déjà participé l'année dernière, le jour le plus intéressant et fort en adrénaline était bien le dernier !

Nous sommes arrivées à Ômiya vers 14h30 et après une petite visite express de la ville, Alex nous a conduit au dôjô où l'on nous a prêté des vêtements de matsuri, arborant fièrement le nom du quartier d'où était issu le mikoshi que nous allions porter.
Nous avions acheté à l'avance des tabi " air " (oui, oui, comme les Nike, y'a une bulle dans la semelle, sans rire {#}), les chaussures séparant le gros orteil du reste des doigts de pied mais tout le reste nous a gentiment été prêté, jusqu'à la belle serviette verte que nous nous sommes empressées de nouer autour de nos têtes de vainqueurs, fières de ce symbole de notre appartenance au dôjô (enfin... pour la journée XD)
Ainsi parés, nous nous sommes mis en route pour aller manger un morceau avant de nous atteler à la tâche (et surtout boire de la bière, y'avait quasiment que ça... mais parfois on tombait sur une petite bouteille de thé perdue entre dix canettes, aaaah les nippons et la bière, une belle histoire d'amour {#}).
Nous avons retrouvé beaucoup de connaissances d'Alex sur place et avons pu discuter un peu avant de rejoindre vers 17h le mikoshi qui nous attendait sagement derrière quelques autres de ses " frères " pour la balade finale.
Le programme pour ce dernier jour était de conduire le mikoshi jusqu'à la gare, ce qui allait durer de deux à trois heures (pour une distance de deux kilomètres).
Heureusement le soleil avait commencé a décliné et la chaleur était relativement supportable par rapport à la matinée.

Après que les cordes maintenant les rondins solidement attachés aient été mouillées afin d'être plus souples, le signal a été lancé et une trentaine de personnes, Lorraine et moi incluses, se sont précipitées pour soulever l'engin qui pesait tout de même la bagatelle d'une tonne. {#}
Alex nous avait prévenu mais étrangement une tonne ça ne nous semble pas concret comme unité de mesure... jusqu'à ce qu'on se la prenne de plein fouet sur l'épaule !
Au début j'ai eu un peu de mal à m'adapter au rythme de la marche et à caler le rondin dans le creux de mon épaule, il m'a donc rebondi plusieurs fois sur l'os, me faisant bien déguster. {#}
Plus j'avais mal et moins j'arrivais à me concentrer pour parvenir à épouser la forme du rondin.
Un homme m'a conseillé de glisser ma serviette sous mon épaule pour atténuer la douleur et je suis enfin parvenue à m'adapter au rythme de la marche, observant au passage les petits pas caractéristiques que faisaient les autres porteurs et qu'on m'avait enseigné un peu plus tôt.
Tout de suite la besogne m'a semblé beaucoup plus agréable, même si toujours aussi lourde, et j'ai pu moi aussi commencer à pousser des cris virils avec les autres porteurs pour nous encourager, sentant les gouttes de sueurs me dégouliner tout le long du corps. {#}
Des dizaines de gens portant le même costume que nous nous suivaient et nous encouragaient en tapant dans leurs mains ou en nous adressant quelques mots , remplaçant les porteurs quand ceux-ci se retiraient pour faire une pause (le transport de mikoshi, c'est un peu comme du relai, en beaucoup plus impressionnant XD).
Alex nous a confié que le truc super viril quand on prend la relève, c'est d'arriver à soulever un peu le mikoshi quand on s'insère dans la file !
Les gens étaient très nombreux et les porteurs ne manquaient donc pas contrairement aux deux jours précédents où apparemment il n'y avait pas foule selon les dires d'Alex qui avait dû se cogner le transport toute la journée.
Du coup nous étions parfois très serrés et ça devenait difficile d'avancer, sans compter que la chaleur était décuplée dans ces moments-là.

Nous avons fait notre première pause au bout d'environ vingt-cinq minutes : le mikoshi a été posé délicatement sur des tréteaux et tout le monde s'est rué vers les stands où des verres de thé, d'eau et de bière nous attendaient.
Ces buvettes gratuites étaient tenues par des femmes assez âgées, c'est leur façon d'apporter leur participation au matsuri en soutenant les porteurs.
L'eau ne m'avait jamais semblé aussi bonne, pas même lorsque j'avais trempé mes pieds dans la rivière à Miyajima, j'en ai bu trois grands verres d'affilée avant de commencer à souffler un peu.
Etrangement, ceux qui nous regardaient bizarrement étaient pour une fois les jeunes et non pas les petits papy et mamies qui au contraire nous encouragaient et avaient l'air de trouver ça très rigolo voire même bien que des gaijins participent à leur festival.
Pas mal d'hommes jouaient le jeu à fond et avaient revêtu le shimekomi sous leur veste, une sorte de pagne-string traditionnel. C'était assez marrant d'imaginer que ces mêmes bonhommes qui avaient alors les fesses à l'air seraient sûrement habillés d'un costume strict deux jours plus tard pour aller à l'entreprise ! {#}
Alex avait décidé de le porter aussi du coup j'ai eu envie de lui pincer les fesses jusqu'à ce qu'il retrouve une tenue décente (désolée je balance... XD)
En tout cas on peut dire que l'ambiance ne manquait pas de testostérone : c'est comme si d'un coup on s'était rendu compte qu'il existait des japonais vraiment virils (c'est très très méchant ce que je viens de dire...), à croire qu'ils canalisent leur virilité toute l'année afin qu'elle soit à son apogée lors du festival et ils la font exploser à ce moment-là.

Les débuts et les fins de pauses étaient toujours marqués par des sortes d'applaudissements, signal indiquant qu'il était temps de poser ou soulever à nouveau le mikoshi et à chaque arrêt nous avions toujours droit à des boissons gratuites.
Quand je ne portais pas l'autel je suivais la marche en tapant dans les mains moi aussi ou bien en prenant quelques photos ou vidéos avec le matériel d'Alex.
Il y avait quelques personnes dont la tâche consistait à appuyer sur les extrêmités latérales, avant et arrière du mikoshi pour éviter que nous ne partions dans n'importe quelle direction (avec un truc aussi encombrant, pas facile de manoeuvrer !), sans compter qu'après quelques pauses et quelques bières y'en a qui commençaient à être sacrément joyeux et qui forcément marchaient moins droit... XD
J'avais la chance d'être pile à la bonne hauteur pour porter le mikoshi vu que je corresponds à la taille moyenne de l'homme nippon mais parfois on sentait tout d'un coup une baisse de rythme et une perte de synchronisation dans la marche et tout le monde ployait sous le poids du mikoshi, ce qui était très douloureux au niveau des genoux mais même quand j'avais mal, j'étais tellement fière d'avoir l'honneur de participer que j'ai tenu bon pour faire honneur à la serviette que j'avais sur la tête et ne pas entacher la réputation du dôjo ! XD
Parfois aussi les porteurs s'emballaient et le mikoshi " sautait ", enfin, il était secoué assez fort et là il fallait surtout faire bien attention à épouser sa forme sous peine d'avoir l'épaule défoncée.
Tout le monde pouvait participer et porter le mikoshi à condition de porter au moins la veste du quartier, ils ne rigolaient pas là-dessus : un gars visiblement éméché a tenter de s'insérer dans la file des porteurs mais il s'est fait jarter assez sévèrement car il ne portait pas les habits adéquats.
Dans un moment de virilité ultime, en arrivant à un carrefour, on a soulevé le mikoshi, les bras tendus et on a fait quelques pas comme ça (enfin "on ", plutôt " ils ", j'ai pas eu l'impression de soutenir grand chose avec mes petits bras mous et grassouillets XD).
Quand je suivais le groupe en regardant les porteurs on m'a plusieurs fois gentiment laissé la place, me conseillant même d'aller devant car c'était plus simple à porter et on a aussi confié à Lorraine un des lampions qui ouvraient la marche et guidaient le groupe.
Ca faisait vraiment très plaisir de voir à quel point ils voulaient nous faire participer, ne nous excluant en rien. Je crois que c'est une des fois où je me suis sentie le plus intégrée au Japon et pour ça je vraiment très reconnaissante aux personnes qui m'ont fait la faveur de me faire participer à un événement aussi important.

Nous sommes arrivés à destination sur la place devant la gare où nous attendaient une dizaine d'autres mikoshi, ceux de chaque quartier de la ville, ainsi qu'une foule assez dense venue assister à cette réunion de petits autels.
Le maire a fait un petit discours, quelques fusées ont explosé dans le ciel et les mikoshi ont repris leur route, chacun vers leur temple respectif.
De notre côté nous voulions profiter un peu des festivités du coin et nous reposer, nous avons donc été assister à une représentation de wadaiko, le tambour japonais et nous sommes tombées complètement par hasard sur Nao et sa petite famille, une copine de Shirayuri.
Sur les quelques milliers de personnes qui étaient présentes ce soir, on est tombés sur elle, ce pays m'étonnera toujours !
Nous avons repris doucement notre route pour rejoindre le mikoshi qui avançait à deux à l'heure, croisant au passage des danseurs et des chars à roulettes tirés par des enfants sur lesquels dansaient des personnes déguisées et masquées.

Comme l'euphorie générale était passée, seuls quelques courageux porteurs continuaient leur chemin vers le " garage " à mikoshi, avançant carrément sur la route tout en faisant attention à la circulation qui avait repris (on n'avait plus l'honneur qu'elles soient bloquées pour nous {#})
Avant de remettre le mikoshi à sa place initiale il a encore été bien secoué à plusieurs reprises, quasiment jusqu'à l'épuisement total de ses porteurs car je les ai bien vus ployer plusieurs fois, sûrement à bout de force (d'autant que certains l'avaient porté durant les trois jours, j'en aurais bien été incapable {#}).
J'avais trop mal à l'épaule et j'avais donc arrêté de le porter depuis un moment mais je voyais Lorraine qui avait la rage de vaincre et expulsait jusqu'à la dernière goutte d'eau de son corps pour ne pas perdre face à une autre fille prés d'elle et porter le mikoshi jusqu'à la fin. XD
A la fin, un monsieur habillé en samouraï (sûrement le chef de quartier) a fait un petit discours, remerciant tout le monde pour sa participation et le mikoshi a rejoint son garage jusqu'à l'année prochaine.
J'aurais bien aimé pouvoir le porter jusqu'à la fin moi aussi mais il fallait se montrer raisonnable, la douleur des coups que j'avais essuyé au tout début commençait à se faire sérieusement sentir.
Nous avons conclu le festival en partageant un petit repas avec les porteurs du quartier, Aki nous a rejoint à ce moment-là, apportant avec elles des compresses pour soulager la douleur, ahlala elle pense vraiment à tout, elle est parfaite (tu as de la chance que je parte bientôt Alex, j'aurais pu tenter de te la piquer... {#})
Nous avons pu rentrer in extremis à Sengawa par le dernier train, le trajet ne nous a jamais paru aussi long tellement nous étions fatiguées, mais de la bonne fatigue qui vous prend après une journée bien remplie. Quant à la douche, jamais elle ne m'avait paru si agréable.
Maintenant j'ai l'épaule rouge et jaune, une grosse bosse et la marque de bretelle de soutien gorge incrustée, et vous savez quoi ? J'en suis très fière !! {#}

C'était une expérience vraiment forte et unique, l'ambiance était vraiment géniale et je suis très contente d'avoir pu y participer. Si c'était à refaire je le referai avec grand plaisir (en attendant tout de même que mon épaule ait retrouvé un aspect décent... {#})

Photo : je n'ai pas encore eu celles prises par Alex alors voici le mikoshi en attendant ^^

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