Ômiya, c'est la ville où habite Alex.
Et comme dans toutes les autres villes du Japon,
l'été, il y a un festival à Ômiya et
sûrement pas des moindres étant donné que le
nom de la ville signifie " grand temple ".
Durant ces festivals qui ont lieu tout l'été aux
quatre coins du Japon, on peut assister à diverses
manifestations de la culture nippone et la plus
représentative de ces manifestations est sûrement la
balade de mikoshi à travers la ville.
Un mikoshi est un petit autel portatif abritant une divinité
locale qui repose sur de longs rondins de bois permettant aux
hommes de le porter sur leurs épaules.
Eh bien grâce à Alex et à ses connaissances
nous avons eu l'honneur avec Lorraine de porter le mikoshi, nous
aussi ! 
Le festival durait trois jours : jeudi, vendredi et samedi mais
nous ne sommes venues que le dernier jour, ratant hélas la
venue du messager de l'empereur au temple Hikawa qui avait eu lieu
la veille (ils avaient même traversé le centre
commercial avec le mikoshi !
)
Mais tant pis car selon Alex qui avait déjà
participé l'année dernière, le jour le plus
intéressant et fort en adrénaline était bien
le dernier !
Nous sommes arrivées à Ômiya vers 14h30 et
après une petite visite express de la ville, Alex nous a
conduit au dôjô où l'on nous a
prêté des vêtements de matsuri, arborant
fièrement le nom du quartier d'où était issu
le mikoshi que nous allions porter.
Nous avions acheté à l'avance des tabi " air " (oui,
oui, comme les Nike, y'a une bulle dans la semelle, sans rire
), les chaussures séparant le gros
orteil du reste des doigts de pied mais tout le reste nous a
gentiment été prêté, jusqu'à la
belle serviette verte que nous nous sommes empressées de
nouer autour de nos têtes de vainqueurs, fières de ce
symbole de notre appartenance au dôjô (enfin... pour la
journée XD)
Ainsi parés, nous nous sommes mis en route pour aller manger
un morceau avant de nous atteler à la tâche (et
surtout boire de la bière, y'avait quasiment que
ça... mais parfois on tombait sur une petite bouteille de
thé perdue entre dix canettes, aaaah les nippons et la
bière, une belle histoire d'amour
).
Nous avons retrouvé beaucoup de connaissances d'Alex sur
place et avons pu discuter un peu avant de rejoindre vers 17h le
mikoshi qui nous attendait sagement derrière quelques autres
de ses " frères " pour la balade finale.
Le programme pour ce dernier jour était de conduire le
mikoshi jusqu'à la gare, ce qui allait durer de deux
à trois heures (pour une distance de deux
kilomètres).
Heureusement le soleil avait commencé a
décliné et la chaleur était relativement
supportable par rapport à la matinée.
Après que les cordes maintenant les rondins solidement
attachés aient été mouillées afin
d'être plus souples, le signal a été
lancé et une trentaine de personnes, Lorraine et moi
incluses, se sont précipitées pour soulever l'engin
qui pesait tout de même la bagatelle d'une tonne. 
Alex nous avait prévenu mais étrangement une tonne
ça ne nous semble pas concret comme unité de
mesure... jusqu'à ce qu'on se la prenne de plein fouet sur
l'épaule !
Au début j'ai eu un peu de mal à m'adapter au rythme
de la marche et à caler le rondin dans le creux de mon
épaule, il m'a donc rebondi plusieurs fois sur l'os, me
faisant bien déguster. 
Plus j'avais mal et moins j'arrivais à me concentrer pour
parvenir à épouser la forme du rondin.
Un homme m'a conseillé de glisser ma serviette sous mon
épaule pour atténuer la douleur et je suis enfin
parvenue à m'adapter au rythme de la marche, observant au
passage les petits pas caractéristiques que faisaient les
autres porteurs et qu'on m'avait enseigné un peu plus
tôt.
Tout de suite la besogne m'a semblé beaucoup plus
agréable, même si toujours aussi lourde, et j'ai pu
moi aussi commencer à pousser des cris virils avec les
autres porteurs pour nous encourager, sentant les gouttes de sueurs
me dégouliner tout le long du corps. 
Des dizaines de gens portant le même costume que nous nous
suivaient et nous encouragaient en tapant dans leurs mains ou en
nous adressant quelques mots , remplaçant les porteurs quand
ceux-ci se retiraient pour faire une pause (le transport de
mikoshi, c'est un peu comme du relai, en beaucoup plus
impressionnant XD).
Alex nous a confié que le truc super viril quand on prend la
relève, c'est d'arriver à soulever un peu le mikoshi
quand on s'insère dans la file !
Les gens étaient très nombreux et les porteurs ne
manquaient donc pas contrairement aux deux jours
précédents où apparemment il n'y avait pas
foule selon les dires d'Alex qui avait dû se cogner le
transport toute la journée.
Du coup nous étions parfois très serrés et
ça devenait difficile d'avancer, sans compter que la chaleur
était décuplée dans ces
moments-là.
Nous avons fait notre première pause au bout d'environ
vingt-cinq minutes : le mikoshi a été posé
délicatement sur des tréteaux et tout le monde s'est
rué vers les stands où des verres de thé,
d'eau et de bière nous attendaient.
Ces buvettes gratuites étaient tenues par des femmes assez
âgées, c'est leur façon d'apporter leur
participation au matsuri en soutenant les porteurs.
L'eau ne m'avait jamais semblé aussi bonne, pas même
lorsque j'avais trempé mes pieds dans la rivière
à Miyajima, j'en ai bu trois grands verres d'affilée
avant de commencer à souffler un peu.
Etrangement, ceux qui nous regardaient bizarrement étaient
pour une fois les jeunes et non pas les petits papy et mamies qui
au contraire nous encouragaient et avaient l'air de trouver
ça très rigolo voire même bien que des gaijins
participent à leur festival.
Pas mal d'hommes jouaient le jeu à fond et avaient
revêtu le shimekomi sous leur veste, une sorte de
pagne-string traditionnel. C'était assez marrant d'imaginer
que ces mêmes bonhommes qui avaient alors les fesses à
l'air seraient sûrement habillés d'un costume strict
deux jours plus tard pour aller à l'entreprise ! 
Alex avait décidé de le porter aussi du coup j'ai eu
envie de lui pincer les fesses jusqu'à ce qu'il retrouve une
tenue décente (désolée je balance... XD)
En tout cas on peut dire que l'ambiance ne manquait pas de
testostérone : c'est comme si d'un coup on s'était
rendu compte qu'il existait des japonais vraiment virils (c'est
très très méchant ce que je viens de dire...),
à croire qu'ils canalisent leur virilité toute
l'année afin qu'elle soit à son apogée lors du
festival et ils la font exploser à ce
moment-là.
Les débuts et les fins de pauses étaient toujours
marqués par des sortes d'applaudissements, signal indiquant
qu'il était temps de poser ou soulever à nouveau le
mikoshi et à chaque arrêt nous avions toujours droit
à des boissons gratuites.
Quand je ne portais pas l'autel je suivais la marche en tapant dans
les mains moi aussi ou bien en prenant quelques photos ou
vidéos avec le matériel d'Alex.
Il y avait quelques personnes dont la tâche consistait
à appuyer sur les extrêmités latérales,
avant et arrière du mikoshi pour éviter que nous ne
partions dans n'importe quelle direction (avec un truc aussi
encombrant, pas facile de manoeuvrer !), sans compter
qu'après quelques pauses et quelques bières y'en a
qui commençaient à être sacrément joyeux
et qui forcément marchaient moins droit... XD
J'avais la chance d'être pile à la bonne hauteur pour
porter le mikoshi vu que je corresponds à la taille moyenne
de l'homme nippon mais parfois on sentait tout d'un coup une baisse
de rythme et une perte de synchronisation dans la marche et tout le
monde ployait sous le poids du mikoshi, ce qui était
très douloureux au niveau des genoux mais même quand
j'avais mal, j'étais tellement fière d'avoir
l'honneur de participer que j'ai tenu bon pour faire honneur
à la serviette que j'avais sur la tête et ne pas
entacher la réputation du dôjo ! XD
Parfois aussi les porteurs s'emballaient et le mikoshi " sautait ",
enfin, il était secoué assez fort et là il
fallait surtout faire bien attention à épouser sa
forme sous peine d'avoir l'épaule
défoncée.
Tout le monde pouvait participer et porter le mikoshi à
condition de porter au moins la veste du quartier, ils ne
rigolaient pas là-dessus : un gars visiblement
éméché a tenter de s'insérer dans la
file des porteurs mais il s'est fait jarter assez
sévèrement car il ne portait pas les habits
adéquats.
Dans un moment de virilité ultime, en arrivant à un
carrefour, on a soulevé le mikoshi, les bras tendus et on a
fait quelques pas comme ça (enfin "on ", plutôt " ils
", j'ai pas eu l'impression de soutenir grand chose avec mes petits
bras mous et grassouillets XD).
Quand je suivais le groupe en regardant les porteurs on m'a
plusieurs fois gentiment laissé la place, me conseillant
même d'aller devant car c'était plus simple à
porter et on a aussi confié à Lorraine un des
lampions qui ouvraient la marche et guidaient le groupe.
Ca faisait vraiment très plaisir de voir à quel point
ils voulaient nous faire participer, ne nous excluant en rien. Je
crois que c'est une des fois où je me suis sentie le plus
intégrée au Japon et pour ça je vraiment
très reconnaissante aux personnes qui m'ont fait la faveur
de me faire participer à un événement aussi
important.
Nous sommes arrivés à destination sur la place devant
la gare où nous attendaient une dizaine d'autres mikoshi,
ceux de chaque quartier de la ville, ainsi qu'une foule assez dense
venue assister à cette réunion de petits
autels.
Le maire a fait un petit discours, quelques fusées ont
explosé dans le ciel et les mikoshi ont repris leur route,
chacun vers leur temple respectif.
De notre côté nous voulions profiter un peu des
festivités du coin et nous reposer, nous avons donc
été assister à une représentation de
wadaiko, le tambour japonais et nous sommes tombées
complètement par hasard sur Nao et sa petite famille, une
copine de Shirayuri.
Sur les quelques milliers de personnes qui étaient
présentes ce soir, on est tombés sur elle, ce pays
m'étonnera toujours !
Nous avons repris doucement notre route pour rejoindre le mikoshi
qui avançait à deux à l'heure, croisant au
passage des danseurs et des chars à roulettes tirés
par des enfants sur lesquels dansaient des personnes
déguisées et masquées.
Comme l'euphorie générale était passée,
seuls quelques courageux porteurs continuaient leur chemin vers le
" garage " à mikoshi, avançant carrément sur
la route tout en faisant attention à la circulation qui
avait repris (on n'avait plus l'honneur qu'elles soient
bloquées pour nous
)
Avant de remettre le mikoshi à sa place initiale il a encore
été bien secoué à plusieurs reprises,
quasiment jusqu'à l'épuisement total de ses porteurs
car je les ai bien vus ployer plusieurs fois, sûrement
à bout de force (d'autant que certains l'avaient
porté durant les trois jours, j'en aurais bien
été incapable
).
J'avais trop mal à l'épaule et j'avais donc
arrêté de le porter depuis un moment mais je voyais
Lorraine qui avait la rage de vaincre et expulsait jusqu'à
la dernière goutte d'eau de son corps pour ne pas perdre
face à une autre fille prés d'elle et porter le
mikoshi jusqu'à la fin. XD
A la fin, un monsieur habillé en samouraï
(sûrement le chef de quartier) a fait un petit discours,
remerciant tout le monde pour sa participation et le mikoshi a
rejoint son garage jusqu'à l'année prochaine.
J'aurais bien aimé pouvoir le porter jusqu'à la fin
moi aussi mais il fallait se montrer raisonnable, la douleur des
coups que j'avais essuyé au tout début
commençait à se faire sérieusement
sentir.
Nous avons conclu le festival en partageant un petit repas avec les
porteurs du quartier, Aki nous a rejoint à ce
moment-là, apportant avec elles des compresses pour soulager
la douleur, ahlala elle pense vraiment à tout, elle est
parfaite (tu as de la chance que je parte bientôt Alex,
j'aurais pu tenter de te la piquer...
)
Nous avons pu rentrer in extremis à Sengawa par le dernier
train, le trajet ne nous a jamais paru aussi long tellement nous
étions fatiguées, mais de la bonne fatigue qui vous
prend après une journée bien remplie. Quant à
la douche, jamais elle ne m'avait paru si agréable.
Maintenant j'ai l'épaule rouge et jaune, une grosse bosse et
la marque de bretelle de soutien gorge incrustée, et vous
savez quoi ? J'en suis très fière !! 
C'était une expérience vraiment forte et unique,
l'ambiance était vraiment géniale et je suis
très contente d'avoir pu y participer. Si c'était
à refaire je le referai avec grand plaisir (en attendant
tout de même que mon épaule ait retrouvé un
aspect décent...
)
Photo : je n'ai pas encore eu celles prises par Alex alors
voici le mikoshi en attendant ^^
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Date de création : 05/08/07 Dernière mise à jour : 08/10/08 19:40 / 172 articles publiés
Le poids de la religion posté le mercredi 06 août 2008 17:47
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