Je vous voir venir : non ! J'ai beau le dire souvent pour
rigoler, je ne me cherche pas un riche visa sur pattes. Je me suis
fait piégée contre l'insu de mon plein gré...
! 
" Quand on était à Waseda l'autre jour avec
Shû, un gars nous a abordé en nous filant un flyer
pour une fête à Tôdai, ça te dit ? me
demande Gan.
- Ma foi, pourquoi pas ! C'est quel genre ?
- Je sais pas trop...
- Bah allons-y, on verra bien sur place !
Nous arrivons donc " sur place " (campus Kômaba), dès
le début rien que les tarifs ont l'air louche : 1500 yens
l'entrée pour les filles, 2500 pour les garçons (qui
sont tous étudiants à Tôdai mais les filles
viennent d'un peu partout).
Voilà qui annonce la couleur ! Si ça ne sent pas le
plan drague à plein nez ça... 
Nous nous inscrivons sur une liste, reçevons un
numéro, malheur ! On se retrouve chacune à une table
différente où sont soigneusement
mélangés garçons et filles.
Mes craintes se confirment : c'était bien une drague-party,
ce qu'on appelle au Japon un gôkon. Les filles sont sur leur 31et ont sorti
l'artillerie lourde niveau coiffure et maquillage, je me sens un
peu plouc avec mon vieux jean et mes cheveux en bataille que j'ai
à peine pris le temps de coiffer (enfin c'est pas comme si
j'avais pas l'habitude XD).
Bon maintenant que j'y suis, autant en profiter pour observer un
peu tout ce petit monde, alors comment draguent les jeunes nippons
?
1ere étape : la boisson. Un petit verre
(d'alcool, cela va sans dire) pour nous déshiniber ces
grands timides : " allez femmes, servez-nous (naru hodo, samurai no
kuni desu ne, Alex ?
)
Les femmes s'exécutent, on trinque " kanpaiiiiii " !
2e étape : la conversation. On voit si les
caractères sont éventuellement compatibles, on pose
des questions sur les études, les centres
d'intérêt pour voir les points communs. Bon
forcément à ma table on me demande surtout
d'où je viens, on me pose quelques questions sur la France,
on me dit que je suis douée en japonais. Mais on me drague
pas. Tant mieux.
3e étape : le jeu. Ca y est, les bouteilles
commencent à s'enchaîner et notre petit monde à
être plus gai. Un jeu est lancé : aller de table en
table et faire écrire aux personnes du sexe opposé
leur nom. Celui et celle qui en récupèrent le plus
gagnent une place pour Disneyland. Je ne suis pas
intéressée, je reste donc les fesses vissées
sur ma chaise comme la grosse feignasse que je suis. Quelques
garçons viennent me voir pour que j'écrive mon nom,
ils restent un moment papoter avec moi, l'un d'eux a l'air assez
spécial : il me dit être allé à Paris
lors d'un voyage d'un mois en Europe. Comme il n'avait pas
d'argent, il a dormi dehors durant tout son voyage et n'a pris
qu'une seule douche.
J'aimerais bien sympathiser avec ce genre de personne mais ils ne
font qu'un passage éclair à ma table, en revanche
celles que j'attire toujours, ce sont... les FILLES !
Je papote surtout avec trois filles à ma table, des copines
d'une fac de jeunes filles (encore...) de Yokohama. Je sens
qu'elles aimeraient bien qu'on fasse une sortie ensemble un jour
mais je n'ai déjà plus aucun weekend de libre
jusqu'à mon départ et en plus désolée
mais il faut bien le dire : j'en ai marre des filles !!!! J'en vois
à longueur de journée.
De toute façon à deux mois du départ je
préfère consacrer tout mon temps libre à
approfondir mes relations avec les gens plutôt que
d'accumuler des connaissances, mais je m'égare !
4e étape : l'échange de
coordonnées. Ca y est, maintenant que tout le monde commence
à être bien beurré sur les bords, on se
lâche, on ose demander aux filles qui nous ont plu leur
adresse e-mail, on tente un timide " ça te dirait qu'on
sorte tout les deux la prochaine fois ? " pour les plus audacieux.
Je passe moi aussi mon adresse à quelques personnes qui ont
l'air sympa (dont le vacancier SDF
). Dans l'ensemble je suis plutôt
contente, je suis tombée sur des gens plutôt
intéressants et j'ai échappé à la
drague bien lourde contrairement à certaines malheureuses
consoeurs. En plus je suis sobre !
Je retrouve Shû et Gan et nous nous apprêtons à
rentrer quand un des potes du " SDF " vient nous trouver : " les
filles, on va poursuivre la soirée dans une izakaya,
vous venez ?
- Ben, je sais pas trop, on a cours demain, ça fait un peu
tard...
- Maaaais non c'est bon ! Regardez-moi : hier j'ai bu toute la nuit
jusqu'au petit matin et là je suis en pleine forme pourtant
j'avais cours aussi ! Allez venez juste un peu...
- Bon, OK ! "
Je ne sais pas quelles sont les raisons qui poussent mes deux
copines à accepter mais en ce qui me concerne j'avoue que
c'est la curiosité : je veux voir ce que donne les
célèbres nomikai
japponaises, on ne peut décemment pas prétendre
connaître le Japon sans avoir assisté à
ça.
Nous voilà donc en route à pied pour Shibuya. Sur le
chemin nous discutons toutes les trois avec le même
garçon et qu'est-ce que je suis bavarde... impossible de
m'arrêter.
Je crois qu'en fait je suis un peu moins sobre que je le pensais,
je ne cherche plus mes mots, ils sortent à toute vitesse,
sonnent presque comme du japonais naturel, il n'y a hélas
que l'alcool pour me rendre douée comme ça...

Enfin là n'est pas la question ! Notre petit groupe de dix
arrive dans une izakaya douteuse qui ressemble à une prison
(noon même pas l'Alcatraz Alex, je les soupçonne
d'avoir pompé le concept !) où les serveuses sont
habillées en policières, les serveurs en bagnards et
les tables séparées par des barreaux.
Filles comme garçons boivent, boivent, boivent, mangent,
boivent, boivent.
Je suis assise en bout de table et sirote mon umeshu en observant
ce spectacle d'un oeil plutôt froid : comment peuvent-ils
ingurgiter autant d'alcool et surtout, aussi souvent ?
Je crois que la réponse est là : ils ont besoin de
ça pour oser s'ouvrir et être plus familiers.
Mon voisin de table me tapote tantôt la tête,
tantôt l'épaule, me vanne gentiment, un autre papote
avec les clients de la table de derrière, on laisse tomber
les formules de politesse, on draguouille...
Comme je ne suis pas saoûle je m'ennuie un peu, je regarde le
garçon assis en face de moi, il me sourit : " C'est pratique
d'être en bout de table quand on est grand hein ? C'est mieux
pour étendre ses jambes.
- Aaah c'est bien vrai ! Tu ne bois pas toi ? Tu as l'air
sobre.
- Je suis venu en moto aujourd'hui, alors pas d'alcool ! "
Et tout les deux on mange, on mange en continuant de discuter un
peu pendant que les autres boivent comme des trous (ils se sont mis
à faire le concours du plus gros buveur...
)
Un truc qui m'a toujours étonnée, c'est leur
sérieux vis-à-vis des dangers de la route.
La plupart des gens que j'ai rencontrés ne boivent pas du
tout quand ils savent qu'ils devront reprendre le volant (Oi-chan
par exemple), parfois je pense que c'est simplement parce qu'ils
tombent dans le coma éthylique avant d'avoir pu atteindre
leur véhicule... XD
L'heure tourne et j'ai cours demain, je finis par rentrer, suivie
par Shû et Gan qui ont bu raisonnablement elles aussi.
Finalement c'était bien que je les vois bourrés,
quand je vois des gens dans cet état mon estime pour eux
à souvent tendance à dégringoler donc
ça m'évitera d'avoir trop de regrets par rapport au
fait qu'on ait pas le temps de devenir potes avant mon
départ... 
Photo : Shû et Gan devant l'entrée de
Tôdai
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Date de création : 05/08/07 Dernière mise à jour : 08/10/08 19:40 / 172 articles publiés
Drague-party géante à Tôdai posté le vendredi 27 juin 2008 17:40
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